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Born to Code (or Not) : La Piscine de 42 vécue par les étudiants

Born to Code (or Not) : La Piscine de 42 vécue par les étudiants

05.08.2016.

Plongée au coeur de la piscine de l’école 42, l’incubateur de génies de l’informatique créé par Xavier Niel.

“42Born2Code”, telle est l’inscription que l’on peut lire sur le bracelet des étudiants de 42, bracelet que je porte encore autour de mon poignet au moment où j’écris. Tel un lien particulier qui nous rattache à une période inscrite pour longtemps dans nos vies, nous les “Piscineux” de 42. Eprouvante mais inoubliable, une chose est certaine : pour raconter la Piscine, il faut l’avoir vécue.

Après un mois passé au sein de cet immense établissement accueillant 1000 Imacs flambants neufs et surtout 2400 “apprentis”, j’ai voulu partager cette expérience hors-du- commun avec les lecteurs de Begeek.fr. Nourri des différents ressentis et témoignages d’autres étudiants, cet article vous permettra de comprendre un peu mieux ce que nous avons vécu.

Fin  de la Piscine 42 : petit récap’ de 3 mois particuliers

Des parcours rythmés d’échecs scolaires, d’erreurs d’orientation, de manque de motivation et de divers obstacles, ce n’est pas ce qui manque en France. Des fans de jeux vidéos, des addicts du web et des passionnés de nouvelles technologies non plus. Ce n’est donc ni un simple échec scolaire ni une passion commune pour le langage C qui ont su rassembler 2400 jeunes âgés de 18 à 30 ans au 96 boulevard Bessières (Paris 17e) de juillet à septembre.

Les notions de partage et d’échange y ont été plus que théoriques. Des groupes se sont formés, des liens s’y sont créés, des discussions passionnantes y ont été échangées. Que ce soit dans un couloir, devant un écran, sur la terrasse, au kebab du coin ou devant l’école, les centres d’intérêt partagés, les parcours de vie racontés, les passions, les espoirs et les rêves furent riches et variés.

Près de 70 000 candidats potentiels se sont inscrits aux tests d’admission à la Piscine. 2400 ont été retenus pour intégrer la seconde phase de sélection de l’école 42 durant un mois : la Piscine de 42. Celle qui depuis plusieurs mois, et tout particulièrement durant le mois de septembre a éveillé tant la curiosité des passants (ne comprenant pas quel était cet amas de jeunes présents au sein et autour de l établissement) que l’intérêt des médias, (eux-mêmes présents régulièrement dans les locaux),  et qui vient tout juste de se terminer. Les derniers résultats sont tombés il y a quelques jours. L’école ouvrira ses portes officiellement pour la toute première promotion à la mi-novembre.

De nombreux reportages lui ont été consacrés : presse écrite, sites web, chaines tv nationales et radios se sont intéressés à 42. Chacun y a vu selon les cas : une école pour génies de l’ informatique, une « geek academy », une seconde chance pour apprendre un métier, un incubateur pour surdoués ou encore une usine visant à créer des machines à coder. Mais qu’en était-il vraiment ? Le mieux fut encore de le demander aux principaux acteurs, ceux qui l’ont vécue et qui l’ont faite vivre pendant ces trois derniers mois.

Pourquoi 42 ?

Pour changer le monde, révolutionner l’univers et le numérique, développer de nouvelles technologies, concrétiser ses projets, terminer ce que l’on a commencé, rencontrer des personnes qui nous ressemblent ou complètement différentes, vivre une expérience unique, apprendre un nouveau langage, changer de vie ou tout simplement pour voir ce que ça donne…?

  • Il y a ceux qui sont venus avec leur projet en tête, à peine ou à moitié réalisé, dans le but d’acquérir les compétences nécessaires pour le mettre sur pied.
  • Il y a ceux qui rêvent de créer des startups florissantes et ceux qui sont déjà entrepreneurs.
  • Il y a aussi ceux qui sont tombés dans le code tout petit et qui ont vu en 42 l’occasion d y revenir, en se disant « pourquoi pas ? » : les rêves de gosse sont souvent les bons. Comme la première intuition.
  • Il y a ceux qui ne savent pas vraiment pourquoi ils sont venus mais qui y ont trouvé une bonne raison de rester.
  • Il y a ceux qui s’y sont révélés, et à qui la piscine a apporté bien plus qu’une phase de sélection pour entrer dans une école d’informatique.

Le sentiment d’être au bon endroit, au bon moment. Avec les bonnes personnes. Même si certains sont restés isolés et leur séjour a du y être plus difficile. Malgré tout ils sont restés, se sont accrochés. Ne pas se noyer : c’est aussi ça, la Piscine.

La Piscine de 42 fut un lieu en constante ébullition, et bien au-delà de l’apprentissage du code. L’aspect humain et social de ce grand rendez-vous « en terre inconnue » fut l’élément le plus fascinant. Le soutien, la solidarité, la diversité, l’échange, le partage et les tensions (forcément ce ne fut pas non plus le monde des Bisounours tous les jours), restent la base de la Piscine, sans quoi elle ne serait qu’une période d’essai à l’apprentissage de la programmation somme toute banale. Comme partout, les différences peuvent être des freins mais il est intéressant d’observer comment un groupe de personnes à forte majorité autodidactes et de nature indépendante se sont confrontés les uns aux autres.

Pourquoi « eux » ?

Lorsque l’on pense geek, on pense immédiatement à un type, ou plutôt stéréotype, de personne en particulier. C est vrai, il y eut dans la Piscine de 42 des gamers introvertis, des personnalités ayant leur propre univers, des addicts de jeux de rôle et de vrais génies.

TO BE GEEK OR NOT TO BE : N’EST PAS GEEK CELUI QUE L’ON CROIT

Mais en réalité, on est tous le geek de quelqu’un d’autre. Si votre grand-mère ne sait pas se servir d’un téléphone portable et que vous arrivez à changer son fond d’écran, il y a de fortes chances pour qu’elle parle de vous comme étant un petit prodige des nouvelles technologies. En creusant, on se rend rapidement compte que ce qui nous rassembla ici fut tout autre, c’est à la fois un point en commun et une différence. Une manière de penser, de réagir et l’envie d’apprendre. D’apprendre à apprendre. Ce qu’on vous demande, mais aussi sur soi, et sur les autres.

Une expérience unique

Il est difficile de se rendre compte de ce qui se passe à l’intérieur de 42. Chacun a vécu cette expérience unique, il faut le dire, différemment. Certains l’ont comparé l’enfermement et la cohabitation permanente comme ce qu’ont pu vivre des candidats d’émissions de télé-réalité (la pression et le travail en plus), d’autres une grande colo avec plein de potes ou encore un lieu d’expérimentation. Car on nous a testé et ce, au-delà de nos connaissances et savoir-faire respectifs en matière de programmation.  Malgré la pression, malgré la fatigue et la promiscuité envahissante, il y a « quelque chose » qui nous retenait. Nombreux sont ceux qui ont pensé à partir mais qui sont finalement restés. Dépasser ses propres limites, quelles qu’elles soient, fut l’un des principaux leitmotivs de chacun.

Pourquoi nous ? Pourquoi eux ?

En quoi consistaient réellement les tests passés en ligne ? Tests de logique, tests de persévérance, tests de Q.I. ? Et surtout : quels sont les véritables critères de sélection ? A l’heure où les résultats finaux sont tombés, le doute et le mystère planent toujours. Inutile de demander directement au staff ou à la direction, c’est le but et c’est compréhensible.

Il y a eut comme vous le savez sûrement, plusieurs étapes de sélection. La première consistait à résoudre des « problèmes » que d’autres appelleront des jeux ou des tests de logique en ligne. La seconde fut la fameuse Piscine. Durant celle-ci, l’une des questions qui fit émerger le plus grand nombre de théories, de pronostics, voire parfois de diagnostics et même de délires paranoïaques, fut : Pourquoi nous ? Pourquoi eux ? Pourquoi sommes-nous ici ? Pourquoi ceux-là ont été admis ?

Cependant, à force d’en discuter, plusieurs points sont revenus régulièrement. Partant du principe que le système de l’école est basé sur une méritocratie et des conditions d’entreprise, on dégage tout de suite l’idée qu’il suffit d’être simplement un crack en langage C (le langage de programmation sur lequel nous avons travaillé pendant la Piscine).

Petit lexique

à l’attention des proches qui ne comprennent plus le langage de leur « Piscineux » après un mois passé à 42 :

  • Piscine : A ce stade si vous ne savez pas encore ce qu’est la Piscine, on ne peut rien pour vous.
  • Cluster : Salle de travail dans laquelle sont alignés des macs en série. C’est là que tout se passe.
  • Bocal : Salle où se regroupe le staff. Sur la porte est inscrit : « Vos problèmes nous intéressent, pas vous ». Porte à ne pas franchir sans une bonne raison.
  • Troll : Pertubateur. Toute forme de troll est admise à 42 (ou presque): envoyer le générique de « Petit Poney » dans le casque du voisin, traduire l’espace de travail de l’un en japonais, afficher des images hot sur l’écran de l’autre, attacher un piscineux à un arbre et l’enrouler de cellophane etc…
  • Git Clone, Git Add, Git Commit, Git Push : Si à 23h42, votre fils, votre soeur ou votre petit ami se réveille en sursaut en criant : « J’ai oublié de Push! », rassurez-le, dites-lui que ce n’est qu’un cauchemar et qu’il peut se rendormir.
  • 23h42 : L’heure fatidique des rendus quotidiens à 42.
  • Colle : Travail à effectuer en groupe. Rien d’extraordinaire jusque là. Reste à trouver les 3 autres membres de son groupe dans un établissement de 4000 m2. Plusieurs solutions sont possibles : mail, téléphone, sms ou tout simplement crier son nom dans chaque cluster jusqu’à ce qu’il se reconnaisse. S’il ne donne pas signe de vie, c’est soit qu’il se douche, soit qu’il dort…soit qu’il s’est déjà noyé et a reçu votre message à quelques centaines de kilomètres de l’école, dans son lit.
  • Soutenance : Moment stressant où en principe le moins bon du groupe doit expliquer le pourquoi du comment de l’exercice effectué pendant la Colle à un membre du staff.
  • Homeland : Participation volontaire à la surveillance des entrées dans l’école (vérifier que les étudiants « badgent » bien en entrant).
  • TIG : Travaux d’Intérêt Général. En général les TIG surviennent brusquement après avoir abusé du SSH (technique de hacking interne pour troller les copains, voir Troll plus haut) ou avoir oublié de passer son badge à l’entrée. Les TIG consistent à participer là encore au bon fonctionnement de l’école (nettoyage des écrans ou des vitres par exemple) pendant une heure ou deux.
  • Peer-to-Peer : Si pour une raison quelconque votre Piscineux se sert du prétexte « Peer-to-Peer » pour vous emprunter de l’argent, vider votre paquet de cigarettes, tirer la couette ou quoi que ce soit, ne lui en tenez pas rigueur, c’est un état d’esprit vivement insufflé à l’école, dans le but de favoriser l’échange et le partage d’informations, de connaissances, de matelas et de pièces de 20 centimes (prix du café).
  • Dead Zone : Bien que le concept puisse faire métaphoriquement penser à « Marche ou Crève » de Stephen King, la Dead Zone est simplement une pièce isolée…sans caméra. N’y voyez pas une « Love Room » non plus, car comme l’a précisé Sylvain le 1er jour, « tout rapprochement physique avec une ou plusieurs personnes (et soi-même) est strictement interdit ».
  • Megatron : Le Mégatron récolte les votes des “nageurs”. Chacun a le droit de voter pour 10 personnes de son choix.  Voici un extrait de sa requête : “Je suis Megatron, Leader des Decepticons. Mes informateurs m’ont appris l’existence de personnes hors du commun à 42. Ces surdoués technologiques sont la clé de voute de mon plan de conquête de l’univers. Je compte sur toi pour m’aider à retroucer ces talents. Qui est digne de rejoindre l’équipe finale à 42 ? Tu peux coopter jusqu’à dix de tes camarades anonymement. Choisis bien, tu ne pourras pas modifier ton vote. (…) récompense ceux qui sont les plus à même de porter la pédagogie peer-to-peer à son apogée. “
  • Vanessa : Si au réveil il ou elle vous appelle Vanessa en grimaçant, ce n’est ni sa nouvelle conquête, ni un remix de la chanson de Doc Gynéco. C’est simplement le « réveil » brusque et quelque peu militaire annonçant l’heure de nettoyer la salle qui lui servait de dortoir pendant un mois(et le moment de dégager au plus vite).

Le mot de la fin : Il y a des fous qui préparent silencieusement le monde numérique de demain, et parmi ceux-là figurent des étudiants de 42.

Lauriane ITOUA, Piscine de Septembre

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